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Fort-de-France va-t-elle tomber ?

Césaire-ville

Depuis 1956, Fort-de-France est dominée par un parti : le Parti Progressiste Martiniquais (PPM). Il est fondé suite au départ tonitruant d’Aimé Césaire du Parti Communiste. Figure intellectuelle majeure du Parti, Césaire en est aussi l’un des deux députés d’Outre-Mer les plus importants avec Paul Vergès de la Réunion.

Le départ, marqué par sa Lettre de démission du Parti Communiste Français dite “Lettre à Thorez”, n’est pas une rupture d’avec les idées du communisme, mais de son application par les partis européens. Césaire invente le terme “fraternaliste” : des frères peut-être, mais toujours bien paternalistes.

Dans la continuité de son discours auCongrès des auteurs noirs en Septembre 1956, où il appelle à “Laissez entrer les peuples noirs sur la grande scène de l’Histoire !”, Césaire pousse encore le bouchon puisqu’il indique dans cette lettre que “l’heure de nous-mêmes a sonné”. Il crée ainsi un OPNI (Objet Politique Non-Identifié), le Parti Progressiste Martiniquais, premier parti martiniquais non-aligné sur un parti national français. Un parti national martiniquais.

De fait, la création du PPM et les idées qui vont apparaître dans la foulée (l’existence d’un peuple martiniquais, le droit à sa singularité, le droit de gérer ses propres affaires, l’autonomie, l’indépendance etc) reconfigurent l’espace politique martiniquais durablement et en crée toute sa spécificité. À gauche : les indépendantistes, les autonomistes. À droite : les « assimilationnistes », c’est-à-dire ceux qui se considèrent comme seulement et entièrement français, ceux satisfaits du statu quo de la départementalisation ou ceux qui veulent encore plus de France aux Antilles.

De 1956 à 2024, le PPM règne suprême sur toutes les élections à Fort-de-France, la capitale de l’île, qu’elles soient municipale ou législative. Dans ma recension, Césaire, élu de manière continue de 1945 à 2001, n’a été mis en ballotage qu’une seule fois, en 1977, et même là, malgré une campagne particulièrement virulente des deux côtés, ce fut une réélection facile.

Un cadre du PPM propose dans les années 1980 de renommer Fort-de-France « Césaire-ville ». Césaire, fidèle à ses principes, refuse. Même si j’ai déjà beaucoup écrit dessus, il y a encore beaucoup à dire sur le règne de Césaire. Contrairement à certaines analyses superficielles, affligées par les effets de mode intellectuels et l’éloignement du terrain, Fort-de-France ne saurait se résumer à la prépondérance d’un habiter colonial. Et cela depuis bien longtemps. Une autre fois, promis. Cette semaine, nous allons parler de l’élection municipale de Mars 2026 !

Fort-de-France va-t-elle tomber ? est une série. La suite demain.